Le droit de vote à 16 ans, bonne ou mauvaise idée?

Pour conclure notre épisode sur les élections européennes qui ont occupé longuement nos médias ces derniers temps, je voudrais revenir non pas sur les résultats à l’issue des européennes mais sur une proposition qui a beaucoup fait parler d’elle quand elle a été annoncée par la maire de Paris Anne Hidalgo. En effet, la maire de Paris a proposé fin avril 2019, de mettre en place un vote pour des jeunes parisiens, une sorte de test dans les conditions réelles des élections européennes, afin de définir si oui ou non le droit de vote à 16 ans était une bonne idée.

La jeunesse et la politique

Vous le savez ou vous ne le savez pas mais les jeunes gens sont de moins en moins intéressés par la politique. Peut-être que vous n’êtes pas d’accord avec cela, mais pourtant, bien que beaucoup de jeunes se préoccupent du monde qui les entoure (notamment sur les sujets de l’écologie, de l’égalité, ou juste ce qui se passe dans leur ville), les chiffres indiquent très clairement des records d’abstention durant les élections pour la tranche d’âge entre 18 et 25 ans, surtout quand il s’agit des élections européennes. Evidemment il n’y a pas que les jeunes qui ne votent pas, mais les chiffres de participation chez les jeunes est de seulement 23%. Ce petit nombre inquiète beaucoup car, par définition, les jeunes sont l’avenir du vote.

Les raisons de cette abstention

Evidemment, l’abstention chez les 18-25 ans pose un problème majeur. Au delà du fait que l’abstention ne permet pas de savoir quelle est la raison de ce « non-vote », elle entraîne aussi des questionnements sur la volonté des jeunes. Sont-ils si peu intéressés par la politique qu’ils ne vont plus voter? Manquent-ils de temps pour s’intéresser à la politique? Ne comprennent-ils pas les européennes? Sont-ils contre l’union européenne? Ne se sentent-ils pas représentés? Evidemment, nombre de journalistes, psychiatres, philosophes et politiques se sont posé la question. Ce qui en ressort est souvent un manque d’intérêt envers les élections européennes et envers l’Europe en général. Pourquoi? Simplement parce que la jeunesse ne se sent pas proche de l’Union européenne et son influence reste encore quelque chose de flou. Pour contrer cela, depuis 2008, les manuels d’histoire et géographie contiennent des chapitres sur l’Union européenne de la 4e à la terminale avec chaque année un approfondissement des connaissances et des enjeux qui concernent l’Union européenne. L’objectif est d’informer le plus possible les jeunes et non pas de les influencer. Pourtant les jeunes ne se sentent toujours pas assez proches, sûrement faute d’exemples concrets des actions de l’Union européenne pour notre pays. Vous avez sans doute entendu les politiciens dire que l’Union européenne est partout avec nous dans notre quotidien mais ceci n’est pas un argument sans exemples concrets et vécus, réplique la jeunesse française. Beaucoup d’autres jeunes expliquent qu’ils ne se sentent pas assez représentés dans ces élections et que donc ils ne veulent pas choisir un parti dans lequel ils ne se retrouvent qu’à moitié. Là encore les politiques ont répliqué qu’avec une trentaine de liste on pouvait difficilement ne pas trouver et que si les jeunes ne s’y sentent pas assez représentés, ils ont simplement à fonder leur parti.

Le problème du déséquilibre

Le problème de l’abstention, c’est que par définition on ne peut pas savoir ce que les gens pensent derrière leurs « non-vote ». Face à cette abstention juvénile, il y a une forte participation des retraités aux européennes avec plus de 80%. Evidemment, les personnes âgées défendent, à travers leurs votes, leurs intérêts et leurs idéaux. Mais beaucoup de choses ont changé et le manque de participation des jeunes inquiète beaucoup car leurs intérêts ne sont donc absolument pas défendus. Par exemple, beaucoup des personnes âgées défendent la libéralisation des droits du travail mais selon un sondage, plus de 60% des jeunes ne seraient pas favorables à cette mesure. Par cet exemple simple, on comprend clairement le problème qui se résume comme ceci « si les jeunes ne s’expriment pas par le vote, les politiciens ne peuvent pas entendre leurs avis et la jeunesse n’est jamais représentée. » Par conséquent notre république se transforme en république presque « gérontocratique » ce qui pose problème et offusque les jeunes.

Alors pourquoi le droit de vote plus tôt? qui le soutient?

Le droit de vote passe de 21 ans à 18 ans en 1974 sous le président Valéry Giscard d’Estaing afin de rejoindre la majorité pénale, déjà alors fixée à 18 ans. Pourquoi alors Anne Hidalgo propose le mettre à 16 ans? Selon elle, plus on permettra aux jeunes de s’exprimer tôt par le vote, plus on amènera le vote à devenir une habitude chez les jeunes, à condition d’avoir un minimum de conscience politique. Son point de vue est relayé par de nombreuses autres personnes comme Céline Braconnier, la directrice du campus de Science Po à Saint Germain-en-Laye. Elle explique dans une interview, que pour elle, si les jeunes sont accompagnés au fur et à mesure dans leur « accomplissement de citoyen », ils seront plus à même de se forger leur propre avis, ainsi qu’une habitude de s’exprimer par le vote, ce qui contrerait l’abstention des jeunes qui inquiète tant. De plus, selon un sondage pour un quotidien, 2/3 des jeunes seraient favorables à l’idée de pouvoir voter dès 16 ans.

Qu’est ce qui fâche dans cette idée?

Effectivement l’idée de faire voter les jeunes dès 16 ans ne fait pas l’unanimité. Beaucoup de personnes dénoncent un « coup de pub » car l’information et l’idée a très vite été reprise par La République en Marche. Cette idée, que le gouvernement prône, a beaucoup fait douter de la sincérité de la démarche et de l’information. Ceux qui ont douté n’ont pas eu tort de le faire car même si Jean-Michel Blanquer a pu sous entendre qu’il était favorable à ce changement, à la question  » êtes-vous favorable au droit de vote à 16 ans? », le président de la République, Emmanuel Macron, a répondu que si les jeunes de 18 ans ne votent déjà pas, il ne voyait pas pourquoi ceux de 16 ans voteraient davantage. Suite à ces avis controversés au sein du même parti, celui-ci se tait sur le sujet. Mais de nombreuses personnes ne sont pas favorables à ce changement, pour plusieurs motifs, comme par exemple la peur que cette liberté cache une recherche d’économie. En effet, par la même occasion que l’obtention du droit de vote, les allocations familiales pourraient être supprimées une fois 16 ans révolus.

Pourquoi on en entend peu parler ?

Simplement parce que suite au désaccord que j’évoquais plus haut au sein du parti La République en Marche, le ministre de l’éducation Jean-Michel Blanquer n’a pas donné son accord à la maire de Paris. Anne Hidalgo n’a donc pas pu faire son essai. Le sujet est resté alors ouvert sans suites ni conclusions, sûrement submergé par l’actualité autour du réel vote des européennes.

Pour aller plus loin, voici mes sources:

Le Parisien Le Figaro Le Monde Youtube

Bonjour de coeur