Les femmes dans les films cet été 2019

Depuis quelques temps, le combat pour l’égalité femmes-hommes prend de l’ampleur. Depuis quelques temps, les femmes arrivent à faire leur place, à se faire un nom au même titre que les hommes dans différents milieux, pas toujours évidents. Et alors que l’affaire d’agressions sexuelles de Harvey Weinstein remue plus que jamais le milieu du cinéma, faisant réagir au passage de nombreuses personnes de la gente féminine dans ce milieu, certains réalisateurs et producteurs décident de placer les femmes au centre de leurs nouvelles intriguent. Cet été, de grands noms dans ce domaine sortent des films. Beaucoup ont un point commun : les femmes sont au centre. La recette est assez simple : il faut prendre un style de film qui fonctionne bien (comme les films d’espionnage, de braquages, etc…), transformer le rôle principal, jusque là fait pour les hommes et y mettre à la place une femme. L’objectif ? Montrer que les femmes ont autant de capacités que les hommes dans des intrigues très classiques mais qui fonctionnent toujours. Est-ce toujours une bonne idée? Au programme aujourd’hui: Chris Addison, Luc Besson, F. Gary Gray.

Chris Addison réalise « Le coup du siècle »

Un premier long métrage pour ce jeune réalisateur. Pas une première par contre pour son actrice principale : Anne Hathaway qui, en 2018 jouait un rôle du même ordre que celui là. « Le coup du siècle » raconte l’histoire de deux femmes, l’une australienne et l’autre anglaise, en pleine concurrence pour savoir qui sera la meilleure arnaqueuse d’une ville française de la côte d’Azur. Comme je le disais donc, Anne Hathaway est l’une des actrices principales d’un film bien connu: « Ocean’s 8 » basé sur les mêmes intrigues.

Pourquoi ça marche?

Parce que comme pour Ocean’s 8, c’est le genre de film qui se regarde bien en été, qui plaît à tout le monde et qui a des airs de féministe convaincue. Placer les femmes dans des rôles qui les rendent supérieures aux hommes, en pointant du doigt les défauts parfois quelque peu misogyne que beaucoup peuvent avoir, suffit pour une apparence dénonciatrice. Les deux actrices principales sont belles et utilisent leur intelligence pour avoir ce qu’elles veulent, ça, ça fonctionne plutôt bien.

Alors, qu’est ce qui pèche?

Plusieurs choses amènent la critique : premièrement, le film est en effet seulement en apparence engagé pour la cause féminine. Les femmes utilisent leur intelligence et leur physique pour se venger des hommes qui les ont bafouées et pour obtenir des bijoux de luxe qu’elles n’ont pas les moyens de se payer. Alors même si elles ont des apparences de Power Girls, elles restent des femmes manipulatrices, charmeuses, menteuses et seulement attirées par les bijoux de luxe.

Luc Besson réalise « Anna »

Evidemment, on ne présente plus ce réalisateur, un des rares réalisateurs français à travailler à l’international et à faire vibrer la terre entière. Malheureusement pour lui, les affaires ne vont pas très bien depuis son avant dernier film « Valérian et la cité des mille planètes ». Depuis deux ans, ses films ne sont qu’échec sur échec, aussi bien financièrement que pour la critique. La semaine dernière est sorti son nouveau film en Amérique: « Anna », vivement critiqué dès sa sortie en salles. Anna raconte l’histoire d’une femme qui vend des poupées russes aux touristes sur le marché de Moscou, jusqu’à ce qu’elle soit embauchée en tant que mannequin, puis en tant qu’espionne du KGB. Donc une femme très compétente dans beaucoup de domaines, multi-faces jouant à des jeux dangereux qui mettent en péril sa vie.

Pourquoi ça marche?

Luc Besson, avec ce film, revient sur une de ses réalisations qui a le mieux fonctionné: « Lucy », paru en 2014. Dans ce film il met en avant une femme inconnue qui gravit une échelle sociale pas commune, menant une double (voire plus) vie secrète et trépidante. Il met en scène l’actrice et mannequin russe Sacha Luss, qui donc incarne parfaitement le personnage.

Alors, qu’est ce qui pèche?

En lui-même, le film est plutôt bien mené, avec un casting de pointe (Luke Evans, Helen Mirren, Cillian Murphy,…), des scènes d’action ainsi que des effets spéciaux à couper le souffle… Ce qui dérange plus les critiques, c’est que, pour eux, Luc Besson réalise un film autour d’une femme prête à prouver qu’elle vaut mieux que les hommes qui l’entourent, alors que les scandales sexuels autour de lui se multiplient. C’est donc par association du nom du réalisateur et d’un film dans lequel la condition de la femme n’est pas très bien représentée que les critiques américaines et canadiennes axent leurs articles. Le journal Indiewire exprime qu’il trouve que dans ce film, Luc Besson a juste créé un personnage féminin d’une grande beauté, sans histoire et sans profondeur pour laisser parler ses propres désirs autour des femmes. Un autre journal américain dénonce que si le réalisateur a ici essayé de montrer comment il voit les femmes, c’est qu’il les voit comme des objets, ou encore le quotidien canadien »Le Devoir » qualifie ce film de « Misogyne à hurler ».

F. Gary Gray réalise « Men in black »

Pour ce quatrième « Men In Black », la production a choisi de faire peau neuve et de faire démentir la critique du dernier opus: il manquait cruellement de femmes importantes dans cette saga. Pour rebondir, les différents producteurs ont fait appel à un nouveau scénariste, F. Gary Gray et deux nouveaux personnages joués par Chris Hemsworth et l’étoile montante Tessa Thompson. L’intrigue repose entièrement sur le personnage féminin joué par cette dernière, qui traque puis découvre l’univers secrets des agents de MIB.

Pourquoi ça marche?

Un casting de pointe, une intrigue fidèle aux précédents films, des extraterrestres et de supers effets spéciaux, même si ce film sent un peu le faussement neuf, il avait tout pour fonctionner. Un nouveau personnage féminin, joué par une actrice, qui inspire beaucoup de jeunes, découvre recherche et traque les locaux des MIB et parvient à s’y faire engager : c’était pile ce qu’il fallait pour rebondir. Pourtant, malgré une nouvelle super agente faisant équipe avec le meilleur (et le plus beau) agent, le film est descendu par la critique féministe.

Alors, qu’est ce qui pèche?

Même si pour la première fois une femme fait partie intégrante de l’intrigue, elle reste la petite nouvelle, qui évolue au dépend d’un homme plus expérimenté qu’elle. Le personnage féminin est impliqué et appliqué, sérieux et parfois trop, qui a besoin de faire ses preuves alors que son acolyte est un homme qui n’a plus rien a prouver et désinvolte. On les remerciera quand même de ne pas avoir fini pas une scène romantique entre les deux personnages principaux, tombés sous le charme l’un de l’autre. Le film compte quelques clichés mais celui là n’en fait pas partie.

On soulignera donc que même si de nombreux réalisateurs (seulement hommes on remarquera) font de gros efforts pour valoriser la femme dans les films, le chemin reste long. L’objectif serait de ne pas tomber dans les clichés et de sans cesse les casser. Exposer les femmes sans entrer dans des stéréotypes, déconvenir aux convenances, sortir des sentiers battus, reste difficile dans le milieu du cinéma.

A quand une vraie James-Bond Girl?

Bonjour de coeur